Gate Keeper : un nouveau paradigme

GateKeeper et ses dangers
OS X 10.8 Mountain Lion : Apple et un nouveau paradigme.

Vous savez ce que c'est : dès qu'on un Mac, on doit en parler. Nos copains Geeks finissent toujours par dire : « Je ne supporte pas iTunes ! » « C'est complètement fermé » etc.
Des débats s'ensuivent. J'explique que Steve a supprimé les DRM dans les mp4 ; qu'on peut mettre des CD rippés dans les iPods et que Windows et ouverture ça fait deux (tentatives d'assassinat des standards à tous les niveaux, OpenGL par DirectX, mp3 par WMA, même le jpeg et le protocole http ont été attaqués de front). Je finis toujours par dire : « Je n'accepte les critiques que venant des utilisateurs de Linux ... »

Les dangers de Gate Keeper

Si l'on en croit Wikipedia, « Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). C'est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d'un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées. »

Mais petit à petit les choses changent. Mac OS X est un Unix. Le système d'exploitation d'Apple a eu sa certification UNIX et de nombreux éléments OpenSource le composent. Safari est fondé sur Webkit qui lui même a été emprunté au monde du libre (konqueror, le navigateur de la suite KDE).

Ecosysteme iPhone
Un téléphone est un téléphone

Quand l'iPhone est sorti, il y avait les applications natives d'Apple. Pour des raisons de sécurité et d'exclusivité, sans doute, les premiers développeurs ont eu droit à créer leur logiciels avec des technologies Web. Webkit pouvait faire tant de choses, notamment grâce au naissant HTML 5 ! Mais beaucoup étaient déçus, alors Steve a dit : « This is the way to go ! ». Mais les applications n'étaient pas aussi puissantes qu'elles pourraient l'être. Finalement l'API CocoaTouch a été rendue publique, XCode permettait à tout un chacun de développer en natif pour iOs, et ça a été une vrai révolution !

Cette décision a été historique pour Apple. Les applications se sont multipliées, ont été téléchargées par milliers, par millions, par milliards. Elles fonctionnaient sur iPhone et que sur iPhone, elles étaient sauvegardées sur iTunes. Et un téléphone, c'est un téléphone : on ne s'attend pas à le bidouiller même si le noyau qui l'anime est un micro-noyau libre. Je n'ai pas été affolé par cette « fermeture ». Qui développe pour son téléphone ?

Un Mac n'est pas un téléphone

mac app store
Avec SnowLeopard, est arrivé le Mac App Store. Le fameux identifiant Apple, le fameux sésame à la carte bleue, permettait de télécharger des applications pour son Mac. Le même identifiant que l'on utilisait pour son téléphone (ou son iPad). Rien de grave, bien sûr : on avait le choix. Télécharger sur le site du développeur et le rémunérer à 100 % (ne comptons pas la TVA), ou télécharger sur le Mac App Store et rémunérer le développeur à 70 % (et Apple à 30). Mais en contre-partie de ce service, Apple fournit une publicité au développeur, lui fournit des serveurs, les moyens des mises à jours, le paiement, etc.

Pour l'utilisateur aussi les avantages sont importants : tout est centralisé, on ne perd plus les Cds, on ne perd plus les mots de passe et les numéros de Série, les réinstall sont plus simple car on a tout sous la main et on peut tout réinstaller d'un coup, on peut installer les logiciels achetés – à un prix très raisonnable – sur 5 Macs...

Avec Lion, c'est le système d'exploitation lui-même qui a été dématérialisé. On ne peut plus acheter le DVD de Mac OS X 10.7. L'installation est une mise à jour seulement, payante, et on doit fournir notre identifiant au début du processus afin de télécharger sur le site d'Apple les fichiers nécessaires à la mise ne place du système. C'est la même chose quand on veut faire une réinstallation. Apple a vendu quand même une clé USB hors de tout joli packaging officiel, permettant d'avoir tout de même un support physique pour ceux qui n'ont pas internet et qui auraient besoin du système.

Mac App Store et les dangers d'un ecosysteme fermé

Mais qu'en est-il de la revente ? Le système d'exploitation est nécessaire au fonctionnement du matériel : il est lié à l'ordinateur. Mais il est aussi lié au compte utilisateur de celui qui a saisi son identifiant Apple lors de premier lancement de la machine. Et qui a installé les applications. Quand on revend son MacBook Air, que faire ? Supprimer tous les logiciels achetés et enlever toute trace du Mac App Store ? Peut-on revendre d'occasion des logiciels achetés sur le Mac App Store ? En avons-nous le droit ? Apple a-t-il le droit de nous l'interdire. Rappelons-nous l'affaire qui oppose un site américain de revente de mp3 musicaux d'occasion. Il a été attaqué en justice par des majors qui ont été boutés ; cela devrait faire jurisprudence aux Etats Unis en tous cas : on peut revendre du contenu dématérialisé d'occasion puisqu'on en est propriétaire. Et pour Mac OS ? Devons-nous reformater le disque-dur pour réinstaller la première version de l'OS vendu avec la machine ? Mais qui est capable de faire ça dans le grand public tant courtisé par Apple ?

Gate Keeper 10.8
Un nouveau paradigme

Avec Mountain Lion, c'est à dire OS X 10.8, on va encore plus loin. La mise à jour des éléments du système, d'XCode, des applications est centralisée dans le Mac App Store... Et Gate Keeper propose d'empêcher l'installation des applications ne provenant pas du Mac App Store ou d'Application ne provenant pas du Mac App Store ET non signées. Et c'est le choix par défaut ! Répétons-le : c'est le choix par défaut ! Quel débutant trouvera la croix à cocher ? Faudra-t-il faire des « how to » vidéos pour apprendre aux nouveaux à trouver cette option pour utiliser un logiciel non adoubé par Apple ?

Gate Keeper : gardien du coffre fort?
Un écosystème qui rapporte...

Mais un ordinateur, ce n'est pas un téléphone. On a l'habitude de le bidouiller, de programmer quelques trucs, d'en traduire d'autres, ou encore de recompiler tel logiciel à sa façon avec ses réglages pour soi-même ou la communauté. Peut-on encore utiliser sa machine comme on l'entend ?

Dans Os 10.9, l'option sera encore plus cachée ou bien même sera modifiable uniquement à l'aide d'une ligne de commande dans le Terminal... Et la version 10.10, le mac sera un géant iPhone qu'il faudra jailbreaker pour intaller la localisation d'un logiciel téléchargée sur MacLocal ( si on existe toujours ! ).
Mais ce mouvement n'est pas propre à Apple car Windows va dans la même direction. Celle d'un écosystème complètement fermé, d'un tout nouveau paradigme, où tout ce qui est acheté l'est par l'App Store (et ses 30%), de l'application au contenu (ePubs, livres électroniques), de l'OS à la musique.

Pourra-t-on bidouiller, essayer, compiler, traduire ? N'y a-t-il pas une perte de liberté, de créativité ? Cette créativité que les outils d'Apple nous facilite...
Espérons encore, tout n'est pas perdu : il faut que la communauté se lève contre cette pratique, le fasse savoir, peuple les forums de remarques et de mises en garde... Les reculs existent, mais si on ne dit rien Apple ne fera rien ! Et alors, je vous donnerai rendez-vous sur UbuntuLocal...

Compilation bidouille sur 10.8 Mountain Lion

Ah, au fait, je ne vous ai jamais raconté comment j'étais passé sous Mac ?
Je n'ai jamais vraiment aimé l'ecosystème de Redmond ; j'ai toujours été lassé par l'instabilité de Windows 98 SE. J'ai beaucoup utilisé Mandrake Linux avant qu'elle soit Mandriva. J'ai essayé d'installer Mandrake en réseau sur les postes de mon entreprise. J'y ai passé beaucoup de temps, je me suis arraché les cheveux : sur l'un il fallait configurer Xconfig car la carte vidéo n'était pas supportée, sur l'autre c'était l'imprimante qui posait problème, etc. On était loin des simples installs sur un Pc en local. J'ai perdu patience, j'ai installé un réseau de huit macs en deux heures. Pour moi, j'avais le meilleur des deux mondes : le terminal Bash, ses ./ configure make && make install et dans l'autre fenêtre Photoshop ! Depuis, mon amour pour la marque à la Pomme ne s'est pas vraiment terni ; je joue toujours du terminal. Jusqu'à quand ? Ubuntu a fait beaucoup de progrès !

Alors, Gate Keeper, c'est le gardien de la forteresse ou celui du coffre fort?

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